Commit 8c580b58 authored by Quentin Juhel's avatar Quentin Juhel
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<h2 class="amw-text-author">CGA</h2>
<h1 class="amw-text-title">Notre anarchisme</h1>
<h3 class="amw-text-date">9 février 2014</h3>
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<p class="tableofcontentline toclevel2"><span class="tocprefix">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span><a href="#toc1">Notre anarchisme</a></p>
</div>
<div id="thework">
<h3 id="toc1">Notre anarchisme</h3>
<p>
L'anarchisme tel que nous le concevons s'inscrit dans la continuité du
mouvement ouvrier socialiste, et plus précisément de la tendance
anti-autoritaire de l'Association Internationale des Travailleurs. Cette
précision est importante, en ce sens que si elle reconnaît l'existence
de mouvements et révoltes anti-autoritaires dans l'histoire humaine
avant cette période, tout comme l'existence de courants idéologiques
libertaires, elle situe l'anarchisme comme un courant idéologique ancré
dans l'histoire, et non comme une tendance philosophique universellement
présente dans l'histoire humaine fondée sur le seul refus de principe
de la domination.
</p>
<p>
Cela ne revient pas à nier les apports des différents de courants de
pensée ayant une dimension anti-autoritaire dans l'émergence de
l'idéologie anarchiste, mais à restituer la spécificité de cette
dernière, en tant qu'idéologie matérialiste issue des Lumières, fondée
sur la synthétisation des acquis d'un mouvement d'émancipation ouvrière,
et incorporant les acquis d'autres mouvements d'émancipation humaine
également nés des Lumières tels l'antiracisme, l'anticolonialisme et le
féminisme.
</p>
<p>
L'anarchisme est un courant matérialiste, en ce sens qu'il refuse toute
séparation entre idée et matière, et affirme que rien n'est extérieur à
la matière. En ce sens également qu'il n'est pas seulement un mouvement
rationaliste (tel d'autres mouvements philosophiques issus des Lumières
comme le libéralisme et le marxisme), mais qu'il inscrit son approche
éthique, politique, économique et sociale sur l'analyse des rapports
sociaux concrets et historiques. Ainsi, ses idées ne sont donc pas des
concepts abstraits plaqués sur la réalité, mais des concepts forgés en
relation avec les rapports sociaux qui caractérisent la société humaine.
</p>
<p>
Les concepts de liberté, d'égalité, de droits, mais aussi de domination,
d'exploitation et d'oppression ne sont ainsi pas pensés comme des
concepts abstraits et subjectifs, mais comme des concepts liés aux
rapports sociaux, à la réalité matérielle de l'agencement des relations
humaines.
</p>
<blockquote>
<p>
«&nbsp;L'homme a perdu, au cours de son cheminement évolutif d'«
hominisation&nbsp;», les déterminations instinctuelles et leur a
substitué des déterminations culturelles, c'est-à-dire des normes,
règles, codes de communication et d'interaction. C'est dans cette
substitution justement que se situe la liberté humaine spécifique à son
plus haut niveau&nbsp;: l'autodétermination. En fait, les déterminations
culturelles ne sont pas données à l'homme (par dieu ou par la nature),
c'est l'homme qui se les donne. Les normes ne sont pas un simple reflet
de nécessités naturelles.
</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p>
[...] La production des normes est donc l'opération centrale, fondement
de la société humaine, elle est production de socialité et pour cela
même d'« humanité&nbsp;», puisque l'homme n'existe pas en tant qu'homme
sinon comme produit culturel, c'est-à-dire comme produit social »3
</p>
</blockquote>
<p>
La centralité du discours anarchiste porte ainsi clairement sur le
pouvoir, entendu comme la capacité de produire des normes (au sens
neutre de règles d'interaction sociale, politiques et économique) et de
les appliquer. Il est ainsi évident que les anarchistes recherchent une
situation de «&nbsp;pouvoir égal pour toutEs&nbsp;»&nbsp;: c'est-à-dire
lorsque cette fonction régulatrice des rapports sociaux que constitue le
pouvoir est exercée par la collectivité sur elle-même et n'est pas
accaparée par une partie (minoritaire) de la société (classe dominante,
caste,...). C'est donc en ce sens qu'il convient de comprendre
l'opposition anarchiste à toute forme de système (étatique, économique,
racial, patriarcal...) qui organise une dissymétrie (inégalité) d'accès
au pouvoir.
</p>
<p>
Ainsi l'exploitation, comprise au sens anarchiste, ne se réduit pas au
sentiment d'être exploitéE, mais se définit comme un rapport social
caractérisé par l'appropriation du travail et des bénéfices du travail,
notamment par l'intermédiaire de la plus-value réalisée au moyen de la
propriété privé et de l'échange marchand au profit d'une minorité (la
bourgeoisie). La domination n'est pas non plus un sentiment, mais une
dissymétrie de pouvoir entre individus et/ou groupes d'individus,
organisée par les rapports sociaux, économiques, culturels. L'oppression
n'est enfin pas non plus un sentiment (un dominant peut avoir le
sentiment d'être opprimé, cela n'en fait pas une réalité objective),
mais l'effet négatif concret de la dissymétrie de pouvoir qui résulte du
rapport ou des rapports de domination. L'égalité n'est pas un concept
abstrait fondé sur les «&nbsp;droits&nbsp;», mais un rapport social,
politique et économique, caractérisé par une relation fondée sur une
symétrie de pouvoir, c'est à dire l'égale capacité des êtres humains à
exercer leur capacité politique, ce qui signifie que la liberté de l'unE
ne peut se faire au détriment de l'autre.
</p>
<p>
La liberté n'est ainsi pas définie dans l'anarchisme de manière
essentiellement négative&nbsp;: contrairement à l'idéologie libérale, il
ne s'agit pas pour un individu de jouir «&nbsp;d'une absence de
contrainte&nbsp;» abstraite, posant l'individu contre la société et
plaçant la liberté individuelle au dessus de la société, et donc des
autres individus. Il ne s'agit pas pour l'individu d'exercer un pouvoir
illimité, indépendamment des conditions matérielles de sa réalisation et
de ses conséquences sur les autres êtres humains. Comme l'indique
Bakounine,
</p>
<blockquote>
<p>
«&nbsp;La liberté individuelle n'est point, selon eux [les libéraux],
une création, un produit historique de la société. Ils prétendent
qu'elle est antérieure à toute société, et que tout homme l'apporte en
naissant, avec son âme immortelle, comme un don divin. D'où il résulte
que l'homme est quelque chose, qu'il n'est même complètement lui-même,
un être entier et en quelque sorte absolu qu'en dehors de la société.
Étant libre lui-même antérieurement et en dehors de la société, il forme
nécessairement cette dernière par un acte volontaire et par une sorte
de contrat soit instinctif ou tacite, soit réfléchi et formel. En un
mot, dans cette théorie, ce ne sont pas les individus qui sont créés par
la société, ce sont eux au contraire qui la créent, poussés par quelque
nécessité extérieure, telles que le travail et la guerre.
</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p>
On voit que, dans cette théorie, la société proprement dite n'existe
pas ; la société humaine naturelle, le point de départ réel de toute
humaine civilisation, le seul milieu dans lequel puisse réellement
naître et se développer la personnalité et la liberté des hommes lui est
parfaitement inconnue. »4
</p>
</blockquote>
<p>
A l'inverse de cette conception, l'anarchisme définit la liberté comme
un produit social, situé non pas au début mais à la fin de l'histoire
humaine&nbsp;:
</p>
<blockquote>
<p>
«&nbsp;Parti de l'état de gorille, l'homme n'arrive que très
difficilement à la conscience de son humanité et à la réalisation de sa
liberté. D'abord il ne peut avoir ni cette conscience, ni cette
liberté ; il naît bête féroce et esclave, et il ne s'humanise et ne
s'émancipe progressivement qu'au sein de la société qui est
nécessairement antérieure à la naissance de sa pensée, de sa parole et
de sa volonté ; et il ne peut le faire que par les efforts collectifs de
tous les membres passés et présents de cette société qui est par
conséquent la base et le point de départ naturel de son humaine
existence. Il en résulte que l'homme ne réalise sa liberté individuelle
ou bien sa personnalité qu'en se complétant de tous les individus qui
l'entourent, et seulement grâce au travail et à la puissance collective
de la société, en dehors de laquelle, de toutes les bêtes féroces qui
existent sur la terre, il resterait, sans doute toujours la plus stupide
et la plus misérable. Dans le système des matérialistes qui est le seul
naturel et logique, la société loin d'amoindrir et de limiter, crée au
contraire la liberté des individus humains. Elle est la racine, l'arbre
et la liberté est son fruit. Par conséquent, à chaque époque, l'homme
doit chercher sa liberté non au début, mais à la fin de l'histoire, et
l'on peut dire que l'émancipation réelle et complète de chaque individu
humain est le vrai, le grand but, la fin suprême de l'histoire. »5
</p>
</blockquote>
<p>
Ou
</p>
<blockquote>
<p>
«&nbsp;La définition matérialiste, réaliste et collectiviste de la
liberté tout opposée à celle des idéalistes, est celle-ci&nbsp;: L'homme
ne devient homme et n'arrive tant à la conscience qu'à la réalisation
de son humanité que dans la société et seulement par l'action collective
de la société tout entière ; il ne s'émancipe du joug de la nature
extérieure que par le travail collectif ou social qui seul est capable
de transformer la surface de la terre en un séjour favorable aux
développements de l'humanité ; et sans cette émancipation matérielle il
ne peut y avoir d'émancipation intellectuelle et morale pour personne.
Il ne peut s'émanciper du joug de sa propre nature, c'est-à-dire il ne
peut subordonner les instincts et les mouvements de son propre corps à
la direction de son esprit de plus en plus développé, que par
l'éducation et par l'instruction ; mais l'une et l'autre sont des choses
éminemment, exclusivement sociales ; car en dehors de la société
l'homme serait resté éternellement une bête sauvage ou un saint, ce qui
signifie à peu près la même chose. Enfin l'homme isolé ne peut avoir la
conscience de sa liberté. Être libre, pour l'homme, signifie être
reconnu et considéré et traité comme tel par un autre homme, par tous
les hommes qui l'entourent. La liberté n'est donc point un fait
d'isolement, mais de réflexion mutuelle, non d'exclusion mais au
contraire de liaison, la liberté de tout individu n'étant autre chose
que la réflexion de son humanité ou de son droit humain dans la
conscience de tous les hommes libres, ses frères, ses égaux.
</p>
</blockquote>
<blockquote>
<p>
Je ne puis me dire et me sentir libre seulement qu'en présence et
vis-à-vis d'autres hommes. En présence d'un animal d'une espèce
inférieure, je ne suis ni libre, ni homme, parce que cet animal est
incapable de concevoir et par conséquent aussi de reconnaître mon
humanité. Je ne suis humain et libre moi-même qu'autant que je reconnais
la liberté et l'humanité de tous les hommes qui m'entourent. Ce n'est
qu'en respectant leur caractère humain que je respecte le mien propre.
Un anthropophage qui mange son prisonnier, en le traitant de bête
sauvage, n'est pas un homme mais une bête. Un maître d'esclaves n'est
pas un homme, mais un maître. Ignorant l'humanité de ses esclaves, il
ignore sa propre humanité. Toute la société antique nous en fournit une
preuve&nbsp;: les Grecs, les Romains ne se sentaient pas libres comme
hommes, ils ne se considéraient pas comme tels de par le droit humain ;
ils se croyaient des privilégiés comme Grecs, comme Romains, seulement
au sein de leur propre patrie, tant qu'elle restait indépendante,
inconquise et conquérant au contraire les autres pays, par la protection
spéciale de leurs Dieux nationaux, et ils ne s'étonnaient point, ni ne
croyaient avoir le droit et le devoir de se révolter, lorsque, vaincus,
ils tombaient eux-mêmes dans l'esclavage. »6
</p>
</blockquote>
</div>
<hr>
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https://www.c-g-a.org/article/anarchisme-et-antispecisme
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